Samedi 28 mars 2009

Un article en forme de coup de gueule...

Trop souvent, les militants politiques et économiques de la "transformation sociale", du "changer la vie", d’un « autre monde possible », etc. se définissent d’abord contre quelqu’un ou contre une idée, plutôt que pour un projet et les modalités de sa mise en œuvre. S’opposer à une idée ou à une personne devient une fin en soi, LA finalité, le cœur de l’identité militante. Militer « pour » n’est plus qu’une option ou un engagement périphérique.

Je crois à l’inverse qu’« être contre » est un moyen et qu’« être pour » est une finalité.

Je lutte contre la financiarisation de l’économie mais cette lutte est un moyen au service de la finalité d’une économie saine, équitable et soutenable.

Je lutte contre une performance entrepreneuriale strictement économique et financière, mais c’est un moyen au service de la finalité d’un entrepreneuriat responsable et solidaire.

Je lutte contre l’arbitraire actionnarial, mais c’est un moyen au service de la finalité d’une démocratie d’entreprise et d’une gouvernance qui associe les autres parties prenantes.

Dis-moi qui tu hais, je te dirais qui tu es... Je suis fatigué de cette attitude qui se détermine par ses ennemis plutôt que ses alliés, par son rejet plutôt que son projet, par ses critiques plutôt que ses propositions.

Elle amène à diaboliser, caricaturer et rejeter tous ceux qui ne sont pas exactement en accord avec ses propres convictions, à considérer comme un adversaire, un traître ou un agent du Mal toute personne qui n’est pas en total accord avec soi, notamment avec les cibles à abattre… Tu es avec moi ou contre moi. Bush ne s’est pas comporté autrement…

Mais à rejeter ceux qui ne sont pas à 100 % du même avis que nous, on reste aussi entre soi et n’a même plus besoin d’argumenter, de convaincre ou de douter. Or, l’intelligence politique est un muscle : pour être performant, il doit être entretenu et soumis à l’effort, à la contradiction, à l’adversité et au débat. Sinon, les arguments s’émoussent, se simplifient, perdent de leur acuité et de leur force, ils peinent ensuite à se faire comprendre et à convaincre à l’extérieur de sa Chapelle… c’est-à-dire auprès la majorité des gens !

*

Derrière cela, il y a également la quête illusoire de la pureté. Quand vous êtes 100 % contre, vous pouvez être 100 % pur. Quand vous êtes pour quelque chose et que vous voulez la faire advenir, vous devez vous mouiller, essayer de bâtir, d'agir vraiment sur le réel, de faire des compromis. La destruction est toujours plus pure que la construction, forcément partielle et imparfaite.

D'ailleurs, quand vous lisez les essais écrits par des auteurs « purs », 95 % du contenu tourne autour de « le capitalisme c’est mal et ça fait mal » et 5 % autour des moyens constructifs et opérationnels pour en sortir. Inversons la donne !

Car, si l’opposition et la dénonciation de ce qui dysfonctionne sont évidemment nécessaires, elles demeurent largement insuffisantes : on ne peut pas supprimer ce qu’on ne peut pas remplacer. Rien ne sert de dénoncer ce qui va mal si ne sont pas proposées en même temps des propositions et solutions alternatives efficaces et crédibles.

Pour beaucoup de gens, la conviction dominante se résume en effet à : « le monde est tel qu’il est, il est peut être injuste, dur et violent, mais il n’y en a pas d’autres ; et les autres voies qui ont été essayées ont été pires »… Le fameux TINA (« there are no alternatives ») de Thatcher est, quoi qu’on en dise, toujours vivace !

Les critiques et les analyses des dérives du système et des pouvoirs en place ne suffiront pas à les faire changer d’avis, à combattre le sentiment d’impuissance qui les étreint, à les mettre en mouvement pour changer la donne.

Il y a besoin de se placer résolument dans une optique de construction et de proposition de solutions qui tirent vers le haut, réveillent l’espoir, ouvrent des perspectives concrètes d’action et de changement, « ici et maintenant », stimulent le désir de se mobiliser et de s’engager. Il faut donner à voir des expériences alternatives efficaces, des réponses concrètes, des engagements bâtisseurs, des résistances constructives.

C’est d’ailleurs ce qui rend particulièrement intéressantes et pertinentes les expériences d’économie sociale et solidaire et la mobilisation des centaines de milliers de bénévoles, salariés et entrepreneurs qui les font vivre.

Des approches de ce type manque aujourd’hui dans le paysage des mouvements politiques de transformation sociale, essentiellement focalisés sur de l’analyse critique, de la dénonciation, du combat « contre ».

Si leurs travaux sur le diagnostic de la situation (montrer que cela va mal), sont nombreux et approfondis, leurs contributions constructives, leurs propositions de mesures concrètes et précises que pourraient prendre le pouvoir politique (quel qu’il soit) sont plus rares et moins travaillées. L’incantation, l’abstraction et la « méthode Coué » leur sont souvent préférées (elles sont plus confortables et évitent de prendre le risque de « l’impureté »…). Avec comme conséquence un déficit important de crédibilité aux yeux du plus grand nombre.

Qui plus est, ces mouvements semblent même s’y complaire, et en tirer une certaine légitimité, comme si critiquer était « pur » mais tenter et approfondir des expériences et propositions constructives impliquait nécessairement de se compromettre…

*

Enfin, je veux souligner que ce n’est pas une question de réformisme bon teint contre une radicalité utopique… Comme il y a un bon et un mauvais cholestérol, il y a une bonne et une mauvaise radicalité (idem pour le réformisme) ! La bonne radicalité est celle, au sens premier du terme, qui s'attaque à la racine des problèmes plutôt qu’aux symptômes. Une radicalité stricte sur les objectifs mais souple et pragmatique dans les moyens. Une radicalité qui ne se réfugie pas dans l'incantation confortable, l'opposition permanente ou l'invocation de principes aussi beaux qu'inappliqués. Une radicalité qui ne combat pas a priori tout ce qui est dit, proposé et fait par d'autres, fussent-ils des adversaires politiques. Une radicalité qui se réclame d'une culture du concret, de l'efficacité et du résultat.

La mauvaise radicalité est celle des chiffons rouges, celle des taureaux dans l'arène, celle qui se construit d’abord de manière globalisante contre des idées et des personnes, contre des groupes sociaux ou des concepts. Contre les patrons. Contre la finance. Contre l’économie de marché. Contre l’individu. Contre Sarkozy. Mais ça veut dire quoi concrètement ? Et que fait-on de ces rejets ? Où est le projet ?

*

La crise offre un boulevard pour proposer concrètement un autre projet de société et convaincre une majorité qu'il y a une autre façon de produire, de consommer, d'épargner, d'investir, de travailler ; une autre façon de vivre le rapport à la planète (sobriété, écologie), à l’Autre (convivialité, participation) et à soi (intériorité, spiritualité). 

Au lieu de se contenter de jeter des anathèmes, de dénoncer untel ou untel, de défendre une pureté d’engagement improbable, plongeons donc les mains dans le cambouis, projetons nous dans une vision positive et constructive de la résistance.

Aujourd'hui, le diagnostic des défis sociaux, écologiques et démocratiques à relever est largement partagé. Il est urgent d’agir en s’appuyant sur ce contexte favorable.

Dès lors, il y a davantage besoin de briques pour construire que de fusils pour abattre...

Faites votre choix !

Par LFE - Publié dans : Développer la citoyenneté économique - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Dimanche 6 juillet 2008

Ce second article (le premier portait sur la confusion entre économie de marché et productivisme) s’intéresse au rapport du progressisme à l’individu. Ce dernier dérange, aussi bien dans les mouvements « traditionnellement » progressistes, politiques (à gauche) ou économiques (économie sociale et solidaire).


Réhabiliter l’individu au sein de la gauche

Outre les préjugés « la gauche est contre l’entreprise et le marché », « la gauche augmente les impôts et dépense l’argent public sans compter », « la gauche est laxiste en matière de sécurité », une autre image d’Epinal bien répandue dans l’opinion publique à propos de la gauche est en effet celle d’une idéologie qui tend à effacer l’individu derrière le collectif.


Cette dernière est peut-être la plus fondée… En effet, force est de constater la méfiance voire le rejet par une proportion significative des citoyens des grilles de lecture classiquement utilisées à gauche, grilles reposant sur des utopies collectives de plus en plus perçues comme obsolètes, inefficaces et potentiellement dangereuses. La mémoire des totalitarismes du XXème siècle, le triomphe du capitalisme, la fragmentation des classes sociales, l’individualisation des trajectoires personnelles sont passés par là…


La gauche gagnerait à se réapproprier cette idée de l’individu (si elle veut être à nouveau audible), sans renier pour autant ses valeurs collectives : éloge de l’individu n’est pas forcément critique du collectif ! Éloge de l’individualisme n’est pas critique de la solidarité ! La gauche a trop longtemps confondu individualisme et égoïsme, individualisme et individualisme marchand, dans lequel l’individu est tenu de se révéler à l’épreuve du marché et de la compétition. Comme le défend le sociologue François de Singly, l’individualisme peut être un humanisme
[1].

Alors que l’individu en tant que sujet libre et émancipé était au cœur des Lumières, de la Révolution française et des combats historiques de la gauche, l’individualisme de gauche est aujourd’hui inhibé !


Et pourtant, il existe en filigrane et ne demande qu’à se révéler davantage à travers une traduction des valeurs collectives de gauche plus proche de l’individu : la protection sociale, par exemple, peut être appréhendée comme une propriété sociale
[2], « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas » ; l’impératif d’égalité des chances peut se voir comme la nécessité d’accorder à chaque individu en difficulté l’aide et l’accompagnement adaptés pour qu’il puisse s’accomplir, réaliser son potentiel et « devenir pleinement lui-même », etc.

Il se manifeste également dans de nouvelles propositions économiques et sociales apparues récemment dans le discours de gauche et qui gagneraient à être développées et approfondies : la sécurisation des individus plutôt que des structures (la « sécurité sociale professionnelle », promue initialement par la CGT puis reprise aujourd’hui par l’ensemble des partis politiques) ; la « fiscalité comportementale » pour les individus et les entreprises (bonus/malus récompensant les actes vertueux au sens de l’intérêt général et sanctionnant les comportements socialement ou écologiquement néfastes) ; la démocratie participative, en favorisant l’implication citoyenne dans la vie publique ; le développement d’un syndicalisme de masse et plus largement des différentes formes de
citoyenneté économique ; etc.


En fil rouge à ces propositions, s’esquisse un nouveau paradigme de la réforme de gauche : le passage de réformes monolithiques (la même pour tous, soit disant au nom de l’égalité… celle des 35 h. en étant un cas d’école) à des réformes « sur-mesure », prenant au maximum en compte (dans leurs principes mais surtout dans leur application) la diversité des parcours, des situations et donc des besoins.

Réhabiliter l’individu dans l’économie sociale et solidaire


Dans le même ordre d’idées, l’économie sociale et solidaire a du mal à développer un regard positif sur l’individu, toujours suspect d’individualisme marchand. La dimension collective des statuts de l’économie sociale est trop souvent brandie comme un talisman censé protéger contre toutes les dérives de l’individualisme.


On oublie un peu que la réalité est moins sexy que la théorie... Quelques illustrations :


Le statut ne suffit pas à faire « l’humanité » de l’entreprise. Même si les statuts de l'économie sociale imposent de nombreux garde-fous éthiques, il existe des associations, coopératives ou mutuelles qui connaissent des dérives en matière de « pouvoir absolu » ou d’enrichissement individuel ; ou qui dans leur objet social poursuivent des objectifs peu en phase avec l'économie sociale.


Les statuts associatifs et coopératifs qui fonctionnent bien pour des projets à « gouvernance collective », ne sont pas forcément adaptés à des porteurs de projets sociaux, solidaires ou écologiques qui partagent les valeurs humanistes de l’économie sociale mais souhaitent garder le contrôle de leur entreprise (par exemple parce qu’ils vont y investir une part significative de leurs économies). Ces porteurs de projet, de plus en plus nombreux, choisissent du coup « par défaut » la SARL ou la SA (dans le commerce équitable, le bio, le tourisme solidaire, les énergies renouvelables, l'environnement, les services à la personne,…bref tous les créneaux "porteurs" et dynamiques), ce qui est dommage… pour l’économie sociale et solidaire !


Le principe « un homme – une voix », pierre angulaire de l’économie sociale, est régulièrement mis à mal dans « le réel » (par exemple dans certaines grandes structures mutualistes, dans des associations financées par les pouvoirs publics, dans des coopératives au management "paternaliste", etc.)


Il existe dans l’économie « classique » des entreprises et entrepreneurs œuvrant sous statuts SARL, SA, EURL, etc. (des artisans, des entreprises de proximité,…) qui partagent les valeurs, principes et pratiques humanistes de l’économie sociale mais qui faute de repères, de passerelles et de visibilité ne partagent pas de projet politique commun, et n'ont même pas de liens avec l'économie sociale et solidaire. 



Bref ! Le discours de l’économie sociale centré sur le statut et le « collectivisme » n’est pas suffisamment audible et attrayant pour attirer de nouvelles forces vives (entrepreneurs, salariés, etc.) dans le secteur. Ce discours doit pour cela intégrer et traduire davantage la question du leadership et celle des motivations individuelles de l'entrepreneur, sans pour autant affaiblir ou renier ce qui constitue son code génétique et sa force : le collectif.


Mais les choses commencent aussi à évoluer. L’apparition et le développement des
coopératives d’activité et d’emploi qui permettent de mener un projet d’entreprise individuelle dans un cadre collectif constituent une réponse intelligente au besoin très actuel d’être « libres ensemble ».
 

Être « libres ensemble »

On peut être profondément attaché à la solidarité collective sans que cela empêche de défendre davantage la liberté individuelle, l’initiative privée, la réussite personnelle (qui n’est pas une valeur de droite mais l’aspiration légitime de chacun d’entre nous !), l’intérêt de développer son autonomie, de défendre son indépendance ou de prendre des risques pour se réaliser et s’épanouir dans la dignité
[3].

On peut défendre la liberté individuelle sans pour autant la vouloir illimitée : elle est tenue de s’arrêter précisément là où elle commence à empiéter sur le bien-être collectif, notamment celui des personnes en difficulté ; elle doit être bornée, non pas par les contraintes « naturelles » du marché et de la compétition mais par l’impératif de réussite du « vivre ensemble ».


Puisqu’on ne vit pas seul, chacun dans son coin, puisque nos destins sont imbriqués et interdépendants, chacun de nous a besoin de l’autre tout comme il a une responsabilité vis-à-vis de lui. Je ne peux gagner, je ne peux réussir si j’ai le sentiment que ce succès ne profite qu’à moi, ou pire, nuit aux autres.


Sinon, la société finira par ressembler à cette vision prophétique d’Alexis de Tocqueville (par ailleurs brillant avocat des libertés individuelles !) qui déclarait il y a 170 ans : « Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde. Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils remplissent leur âme. Chacun d’eux retiré à l’écart est comme étranger à la destinée de tous les autres. Ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie
[4]. »

Dans nos démocraties de marché, le « nous » ne saurait se réduire à la simple superposition des « je » qu’une main invisible (de qui vous savez) coordonnerait miraculeusement… En même temps, ce « nous » n’a pas à écraser les « je ». Il y a là une sorte de nœud gordien : comment trouver le bon équilibre, la bonne tension, la bonne conjugaison entre ce « nous » et la multitude des « je », pour aboutir à un « équi-libres ensemble » ?


Voilà un défi majeur du XXIème siècle, que l’essayiste Jeremy Rifkin exprime de la sorte : « Si l’intérêt matériel individuel n’est pas tempéré par un sens de la responsabilité sociale, la société s’expose à une fragmentation narcissique et à l’exploitation de la majorité par une minorité. Si le sens de la responsabilité collective ne ménage pas une place à l’intérêt individuel, nous perdrons tout sens de la responsabilité collective, au risque de voir triompher une terreur paternaliste exercée par un État tout-puissant. […] La tâche est ardue mais Il importe de maintenir un cap subtil et intelligent qui sache préserver l’équilibre, c'est-à-dire la tension, entre l’esprit d’entreprise du capitalisme et la solidarité sociale du socialisme, sans jamais sacrifier une vision à l’autre. Après tout, chacun d’entre nous n’incarne-t-il pas à la fois ces deux tendances ? Nous souhaitons poursuivre notre intérêt personnel tout en reconnaissant nos responsabilités envers nos semblables
[5]. »



[1] François de Singly, L’individualisme est un humanisme, éditions de l’Aube, 2005.

[2] Sur ce sujet, voir par exemple Robert Castel et Claudine Haroche, Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi. Entretiens sur la construction de l’individu moderne, Fayard, 2001.

[3] À travers par exemple la création d'activités, au sens large du terme (économiques, sociales, culturelles,...). Ceci dit et c'est fondamental, l'entrepreneuriat doit rester un choix et non une contrainte. Tout le monde ne se sent pas entrepreneur dans l'âme et il est évidemment totalement légitime de préférer être salarié. De ce point de vue, « inciter fortement » un chômeur à créer son entreprise sous prétexte qu'il rame pour retrouver un job, est le meilleur moyen de lui gâcher son futur. L'entrepreneuriat comme palliatif au chômage expose en effet souvent à d'amères désillusions.

[4] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835 -1840.

[5] Le Nouvel Observateur, 16-22 juin 2005. L'équilibre entre ces deux forces peut prendre concrètement la forme de mesures comme le « capital-initiative » proposé par Jean-Baptiste de Foucauld, ancien Commissaire au Plan, fondateur de SNC (Solidarités Nouvelles face au Chômage) et fervent promoteur du « droit à l'initiative pour tous » : il s'agit de permettre à chacun de disposer, une fois dans sa vie et au moment choisi par lui, d'un « droit de tirage » financier sur un « capital-initiative », dans le but de réaliser un projet. Ce capital-initiative serait financé par ceux qui profitent des initiatives.  Dans le même ordre d'idées, soulignons que depuis quelques années (grâce à un gouvernement de droite !), il est possible de « justifier ses assédics » par la création d'une entreprise (avant, seule une recherche active d'emploi était légitime). 

Par LFE - Publié dans : Développer la citoyenneté économique
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Mercredi 30 avril 2008

L’un des plus grands maux dont souffre aujourd’hui la société est le sentiment d’impuissance ressenti au niveau individuel : nos marges de manœuvre paraissent de plus en plus ténues, les contraintes extérieures de plus en plus fortes, le champ des possibles de plus en plus restreint : dès lors « à quoi bon » chercher à modifier le cours des choses ? A quoi bon faire l’effort de s’investir ? A quoi bon vouloir agir ?

 

C’est le sentiment d’impuissance qui conduit au renoncement, au fatalisme, au repli, au chacun pour soi, au rejet de l’autre. C’est le sentiment d’impuissance qui amène à ne plus attendre grand-chose des autres et de la vie, si ce n’est un bonheur matériel et sécurisé à l’échelle de son petit cocon individuel, familial ou tribal.

 

Ce sentiment d’impuissance est particulièrement exacerbé dans le domaine économique, où « l’abstention économique » prévaut : l’individu lambda n’a aujourd’hui que peu l’impression de participer au système économique ; il ne se perçoit souvent que comme un rouage d’une machine qui le dépasse et envers laquelle il ne pense pas pouvoir grand-chose, si ce n’est essayer de s’en accommoder au mieux et d’en tirer le parti le moins pire pour lui-même... Et contrairement à l’abstention politique (élections), l’abstention économique est généralement subie et non choisie.

 

Il y a là un enjeu crucial : redonner à une majorité d’individus l’envie et la possibilité de s’impliquer directement et positivement dans le jeu économique. Les extraire de la position de « citoyens déchus » pour les amener à celle de citoyens acteurs directs de l’économie - « citoyens économiques » à part entière - retrouvant marges de manœuvre et libre arbitre économiques.

 

Nous pourrions ainsi, en première approche, définir cette citoyenneté économique comme comme l’ensemble des actes économiques - consommation, travail, entrepreneuriat, épargne… - par lesquels l’individu agit de manière volontaire pour avoir un impact positif pour la collectivité et pour lui : consommation responsable (produits bio, écologiques…), commerce équitable, entrepreneuriat social, entreprises coopératives, entreprises mutualistes, épargne et finances solidaires, syndicalisme, responsabilité sociale et environnementale des entreprises, investissement socialement responsable, activisme actionnarial, etc.

 

Malgré leur potentiel important de développement et leur capacité à devenir majoritaires, ces formes et pratiques économiques plus participatives, plus solidaires, plus écologiques, en un mot plus humanistes, demeurent souvent méconnues, caricaturées ou marginalisées.

 

Alors que l’économie joue aujourd’hui un rôle extrêmement important et structurant dans la Cité, elle demeure ainsi paradoxalement tenue assez à l’écart des enjeux démocratiques et citoyens. Etre citoyen au 20ème siècle, c’était voter, connaître les institutions, respecter les lois et principes de la République,… Etre citoyen au 21ème siècle incluera bien sûr tout cela, mais impliquera aussi d’être conscient que par ses actes économiques, chacun de nous a une responsabilité et un pouvoir par rapport au fonctionnement de l’économie.

 

Tout le monde est concerné. Mais il est vrai aussi que beaucoup de gens aujourd’hui ne peuvent pleinement exercer leur citoyenneté économique. Tout le monde ne peut pas choisir de consommer bio ou équitable (plus cher) ; de transférer son éventuelle épargne vers des produits ou des banques solidaires ; de choisir de travailler dans une entreprise responsable (avec plusieurs millions de chômeurs et de travailleurs pauvres et des entreprises socialement et écologiquement responsables encore minoritaires, ce choix demeure un privilège) ; ou tout simplement d’avoir accès à l’information sur ces formes et pratiques économiques différentes.


De fait, sur ce sujet, nous sommes encore un peu à l’ère de la Grèce Antique, inventeur de la citoyenneté mais où celle-ci était réservée à une minorité (à Athènes, au Vème siècle avant JC, moins de 15 % des habitants étaient des « citoyens »…). Le défi démocratique du 20ème siècle fut politique (droit de vote, liberté d’expression,…), celui du 21ème siècle sera ainsi économique :

 

Comment valoriser et faire connaître au plus grand nombre (notamment auprès de la population active et dans le système éducatif) les différentes formes de citoyenneté économique ?

 

Comment créer les conditions favorables à leur développement, leur « démocratisation » et à leur généralisation, pour que toute personne, quels que soient son revenu ou sa situation sociale, ait les moyens, la capacité et la possibilité de pleinement y accéder ?

 

Deux questions fondamentales, qui dépassent le clivage droite-gauche et qui devraient être au cœur du débat économique et politique. Il ne s’agit ni plus ni moins que de faire émerger et d’affirmer le citoyen comme un acteur à part entière et central du jeu économique, aux côtés du marché et de l’Etat.

Par LFE - Publié dans : Développer la citoyenneté économique - Communauté : Economie
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